Esquisses et improvisations

   Introduire ces deux paramètres de l’inachevé dans l’œuvre achevée s’est imposé à moi comme moyen susceptible de vivifier, construire voire dé-construire l’œuvre, mais aussi de produire une polysémie inattendue, d’ouvrir une profondeur acoustique, des espaces sonores supplémentaires et enfin, de créer une mise en abyme du matériau initial.

   En même temps, l’esquisse est issue d’un geste / mouvement immédiat sans repentir et  qui de ce fait, m’est apparu pouvoir s’associer à l’improvisation.

Aussi ai-je réuni ces deux domaines afin d’offrir à l’esquisse « par » l’improvisation, un espace sonore plus adéquat à sa morphologie. De là, une série de pièces que je peux répartir en deux univers : les premières – instrumentales et improvisées – surgissant à partir de mes esquisses musicales proposées à l’interprète. Les secondes – mêlant voix et instrument – composées en associant musique, brouillons et œuvre imprimé de poèmes. Deux axes qui reflètent mes recherches actuelles sur les esquisses et l’improvisation.

Ainsi dans Cœur en bouche, pour Soprano et Piano (2011), j’ai souhaité mettre en relation deux versions d’un même poème de Robert Desnos dont l’une constitue la première phase de rédaction soit le brouillon manuscrit de l’auteur.  

   Mettant en regard les deux versions de ce poème (extrait du recueil Langage cuit écrit en 1923), j’ai utilisé les éléments du brouillon  « abandonnés » par Desnos dans la rédaction finale, comme matière pouvant intervenir comme autant de résonances secondes ou souvenirs inconscients, à même de participer à l’écriture finale du poème de façon souterraine.
   Ces éléments sont, pour la plupart, des mots isolés voire des vers entiers.   

   Ces « repentirs » interviennent ainsi comme source d’inspiration et d’épurement pour le poète mais aussi comme possibilité pour moi, de tisser une texture sonore qui forme un réseau de sens supplémentaire.
   Tous interviennent dans la composition de façon murmuré ; c’est-à-dire aussi par un mode d’émission particulier qui permet à l’auditeur de les repérer et d’en saisir toute l’importance.