Notice pour In memoriam György Ligeti

In memoriam György Ligeti (2007) Pour orchestre à cordes

Notice de programme pour la création

Pour cet hommage au compositeur hongrois disparu il y a peu, je n’ai nullement cherché à écrire un « exercice à la manière de ». Si plusieurs de ses oeuvres ont été source d’inspiration, écrire n’a pas consisté à réutiliser un principe d’écriture ou une citation pour son caractère mélodique. J’ai tenté de repenser des données de manière créative, les intégrant a mes problématiques compositionnelles et ici tout particulièrement : la mémoire l’écoute et le silence créateurs.

Ainsi, pour le premier mouvement de cet hommage, la partition pour orchestre  Atmosphères et l’écriture des textures complexes mises en œuvres ont suscité une « thématique intérieure », virtuelle, que mon oreille a créé à l’écoute de l’œuvre en opérant une sélection, une combinaison de sons au sein de la masse sonore.
Les motifs recueillis, distribués au violon puis au violoncelle et à l’alto solistes, sont traités en une écriture souple, proche d’une cadence. De plus, ils sont associés à des masses plus statiques afin de créer profondeur et espace et là encore, souplesse.
En utilisant ce que mon oreille « compose » plus que ce qui est véritablement écrit (il ne s’agit donc pas ici de citations musicales), je place l’écoute comme point essentiel, agissant dans la partition de Ligeti pour en susciter une nouvelle.

Le second mouvement met en oeuvre une technique de réécriture à partir d’un extrait du concerto pour violon de Ligeti. J’ai utilisé la monodie de l’Air sans la citer textuellement, et dont une partie demeure « silencieuse », mais devant être pensée et amalgamée à ce qui est en écoute.*
Cette technique, qui invite l’auditeur à devoir «construire» la pièce pour lui donner tout son sens, est facilitée par de nombreux silences et par les nuances. Ils sont associés à un contexte harmonico-spatial propre à «accueillir» les sons pensés.
Par ailleurs, j’ai mis à profit la relation possible entre mémoire et silence. Ce dernier, plus qu’un réceptacle accueillant l’extérieur, est ici utilisé comme « labor intus »,  espace interne où s’élabore une part du matériau surgissant de la mémoire.

Un dernier mouvement complète la pièce, utilisant la technique de l’hétérophonie comme pouvant engendrer du matériau, avant une cadence de 2 solistes. Les dernières notes de la pièce, entendues sur une longue résonance, utilisent la durée d’un son comme unique espace où la musique peut jaillir, avant de retourner brutalement au silence.

*ce qui présuppose entre autres, une connaissance préalable de l’œuvre et une bonne mémoire, j’en conviens !.