Notice pour Sweet silent thought

Sweet silent thought (2005) Pour Soprano et guitare

Sweet silent thought pour Soprano et guitare met en relation texte et musique avec comme fil conducteur, le cheminement vers l’extériorisation de l’univers intérieur de l’être. Cette composition m’a permis de poursuivre mon investigation dans le domaine de la musique « pensée ».

Pour ce faire, j’ai utilisé différents sonnets de William Shakespeare. Le Sonnet 30 qui donne son titre à la pièce est utilisé en son entier et sert de fil conducteur à l’ensemble. A cela s’ajoutent différents extraits issus de trois autres sonnets ( n°22, 23, et 31).

Ces extraits de poèmes sont employés principalement pour le rythme des mots et sous forme de « silences-rythmés » alternant selon deux modes : pensé par la soprano puis frappé par la guitare (Tambora sur le chevalet). Ils apparaissent dans l’introduction de la composition puis à différents endroits de la partition, distribués à la guitare et accompagnant la voix.

Tout au long de la pièce, les rythmes de la guitare se trouvent ainsi chargés de sens par le texte précédemment pensé ; celui-ci intervenant comme un véritable matériau compositionnel, « habillant » la rythmique de l’instrument d’une voix intérieure sous-jacente.

La superposition des trois sonnets introductifs par la guitare n’est pas fortuite car les extraits choisis renforcent le sens du sonnet chanté et l’amplifie.

Il est possible pour cette introduction de murmurer les extraits plutôt que de les penser intérieurement. Toutefois, la pièce ne prend véritablement tout son sens que par la technique particulière des sons pensés. En effet, les longs silences de l’introduction créent un sentiment d’attente, une tension que l’auditeur perçoit bien. Ils portent en eux une profondeur mais aussi un sens «en attente » d’être révélé. Ils apparaissent  tout d’abord par des extraits de textes pensés, puis à la guitare où seul leur rythme nous est dévoilé. Aussi, cette polyphonie de sens reste-t-elle toute intérieure, jamais réellement exprimée.
Elle n’en porte pas moins la « présence » du poète et ses pensées. Ils témoignent de sa méditation passée sur ses amis disparus ; une méditation silencieuse effectuée avant l’écriture du sonnet par l’auteur, ainsi que le précise le premier vers. Si l’esprit principal de cette composition est bien celui du sonnet chanté, l’intériorisation de l’introduction qui précède les mots fait passer l‘atmosphère – volontairement théâtrale -, du silence au sonore par la progression, le cheminement du pensé au chanté.