Notice pour Homothanatos

Au bord de l’Abîme : Homothanatos (1997), Pour 4 flûtistes et piano

   Quatre sections enchaînées forment cette pièce où l’interaction entre le piano et les flûtes est rendu seule possible par une médiation : la mort du son. Celui-ci, sans cesse aux prises avec la contradiction de ce désir d’éternité et cette presque mathématique de l’infini (évoquée par la série Fibonacci) s’éteint pour devenir créateur, producteur de nouvelles formes de matériaux.

   La résonance et les valeurs longues ne sont pas ici prétextes à la méditation mais bien au contraire, invitent par une écoute attentive, à percevoir les phénomènes d’interactions entre – le son qui va et celui qui s’éteint -

   Toute la stabilité apparente de l’écriture est sans cesse déviée et s’estompe par le manque de souffle provoqué des flûtistes et le long déclin des agrégats tenus au piano, qui placent les interprètes dans une situation critique, extrême : c’est l’appel de l’être à ses limites.

Homothanatos associe le son à sa fin silencieuse et plus encore : l’homme à sa mortalité et à celle de ses productions.

   Cette pièce s’inscrit dans un vaste cycle dont le titre Au bord de l’abîme rappelle à l’homme sa tâche essentielle : penser le monde, quêter pour un sens toujours remis en question, œuvrer dans la pleine conscience de produire des solutions provisoires.

   Homothanatos fait intervenir plusieurs aspects du principe de la Complexité, tel que défini par Edgar Morin (Introduction à a pensée complexe) et Henri Atlan (Entre le cristal et la fumée).  Ainsi, différents motifs apparaissant en « fenêtres » forment des espaces créateurs qui sont autant de lieux d’apparition, d’émergence créatrice et de temps antagonistes.

   Création à Paris par le quatuor Sylphides en ouverture du Festival Envolées Musicales, mai 2010.