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Extrait du programme pour la création de : Constellations pour La Jeune Parque. Duo pour récitante et dispositif électro-acoustique sur un poème de Paul Valéry.

Ce concert prend place dans le cadre du thème consacré au monde des mathématiques, organisé par la Mairie de Paris.

J’ai choisi d’associer les mathématiques avec la littérature et plus particulièrement ici avec la poésie, en présentant ma pièce  musicale Constellations pour La Jeune Parque composée autour du poème La Jeune Parque de Paul Valéry.

ELEMENTS BIOGRAPHIQUES

Paul Valéry 1871 – 1945 est un écrivain, également poète, essayiste et philosophe français. Tout au long de sa vie, il s’attache à étudier le fonctionnement du pouvoir de l’esprit, une recherche ininterrompue sur la création littéraire, la philosophie mais aussi la science. Il s’agit pour lui de savoir « que peut un homme » une tâche à laquelle il s’emploiera en notant ses recherches et pensées dans les milliers de pages de ces fameux Cahiers.

 LE POEME
Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seul avec diamants extrêmes ? 

C’est sur ces vers que s’ouvre le poème. Entreprit en 1912, La Jeune Parque l’occupera plus de quatre ans. Le poème de 512 vers, écrit en alexandrins, prend pour sujet la vie intérieure d’une jeune femme. La Parque s’éveille en larmes avant de réaliser avoir été mordu par un serpent. S’ensuit un long monologue intérieur qui constitue « le changement d’une conscience pendant la durée d’une nuit ».

FILS CONDUCTEURS

 Ô dangereusement de son regard la proie !

Le texte comporte plusieurs motifs ou thèmes conducteurs qui apparaissent tout au long du poème, se transforment, se concentrent ou se conjuguent, venant même parfois jusqu’à se superposer. Parmi ces motifs : celui du regard, du sommeil ou de la mer…
Ces différents éléments nous sont accessibles par les  nombreuses esquisses laissé par l’auteur et qui constituent une source précieuse. Ainsi peut-on découvrir l’existence de « Palettes » nommées ainsi par Valéry et dont le procédé consiste à « assembler, ordonner, regarder les / éléments « purs » – idées – mots […] Autour d’une idée, d’un Mot – viennent par tropismes – quantité d’autres, comme étrangers entre eux ».

 LES MATHEMATIQUES ET LE  POEME

Les mathématiques constituent un point crucial dans l’univers poétique de Valéry. Un chapitre entier des Cahiers leurs est destiné. C’est pour lui « un objet de pensée – c’est la joie formelle mathématique… ». La métrique strictement élaborée en alexandrins montre une volonté de suivre « sa logique […] exploiter au maximum son potentiel de symétrie et de grâce rythmée. » [1]

Les mathématiques interviennent de nombreuses fois comme procédé d’expérimentation et d’élaboration dans le travail d’écriture – ce que l’on peut observer à l’œuvre dans les palettes. Ainsi autour de deux vers du poème :

Ourdir de bruits marins une confuse trame
Mélange de la lame en ruine, et de rame…

nous découvrons, dans une des pages d’esquisses cette suite de mots regroupés ou seuls :

Ruines d’eau, de vagues

mer en ruines

Race
Embrasse
Trace

écumes
fûmes
vécûmes

trempe
lampe

trame
rame -

Assembler, ordonner, explorer les possibilités par associations, listes et/ou combinaisons… Il s’agit d’utiliser des procédés purement mathématiques.

La composition musicale

C’est à la lumière de toutes ces considérations sur le poète et son œuvre qu’est né mon désir de composer une pièce sur La jeune Parque.

En effet, la pensée artistique de Valéry d’une part, les Cahiers, les feuillets manuscrits ainsi que les nombreuses esquisses de ce poème d’autre part, témoignent de nombreux rapprochements et convergences avec mon travail de compositeur.

Il s’agit d’associer en une même œuvre les esquisses de Valéry avec le poème publié – un ensemble susceptible de retracer l’évolution de sa pensée créatrice de façon dynamique – et parallèlement de faire dialoguer musique et poésie en utilisant à mon tour des procédés mathématiques.

                                       Philippe Démier

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] R. Killick, De la musique avant toute chose, in Paul Valéry : Musique, Mystique Mathématique. P Gifford et B. Stimpson . P. U. de Lille, 1993.p. 84.